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Les besoins en soins des personnes vivant avec un handicap.

Posté le jeudi 11 juin 2020

Préambule.

Pour élaborer cette note, nous avons pris les résultats de deux trimestres afin d’avoir un effectif représentatif (le nombre de répondants est de 15 830 et le nombre de soins demandés et abandonnés est de 19 527).

Ces données nous permettent d’avoir un nombre de soins demandés significatif et ainsi de bien identifier pour chaque soin la qualité de l’accès aux soins.

En 2020, face aux difficultés importantes d’accès aux soins, nous constatons une baisse de la demande de soin (- 35 %) de la part des personnes vivant avec un handicap. Cette baisse se traduit par de très nombreux retards de soin. Pour compenser ce retard, les personnes vivant avec un handicap se sont déplacées aux urgences, ce qui a provoqué une augmentation du taux d’hospitalisation (36,1 %).

Le parcours des soins.

Nous avons réparti les besoins de soin en 3 types de soins :

  • Les soins exceptionnels, incluant :
    • Les soins urgents ;
    • Les soins pour une nouvelle maladie ;
    • Les soins liés à un accident.
  • Les soins courants, incluant :
    • Les soins habituels ;
    • Les soins pour une maladie connue ;
    • Les soins liés au handicap ;
    • Les soins de rééducation ;
    • Les soins psychologiques et psychiatriques.
  • Les soins spécialisés, incluant :
    • Les soins des dents ;
    • Les soins des yeux ;
    • Les soins des maladies des autres parties du corps.

Les soins exceptionnels.

Nous constatons un besoin de soin important lié au Covid-19, surtout pour les soins pour une nouvelle maladie mais aussi pour les soins liés à un accident.

Le taux des soins exceptionnels a fait l’objet d’un accès aux soins plutôt favorable sauf pour les soins liés à une nouvelle maladie.

On notera cependant que les urgences hors coronavirus ont fait l’objet de beaucoup de refus.

Les soins courants.

Les soins courants ont baissé ces derniers mois (- 35 %). Cette baisse est liée à l’impact du Coronavirus et ce malgré une demande de soin très importante.

On notera que les soins liés aux handicaps psychologiques et psychiatriques ont été assez peu apportés aux personnes vivant avec un handicap. Les abandons liés à ces soins ont été très élevés faute de soignants disponibles.

Les soins spécialisés.

Les soins spécialisés ont considérablement baissé compte tenu de la situation provoquée par le Coronavirus.

La majeure partie des personnes vivant avec un handicap ont abandonné leur recherche de soin en attendant de meilleurs horizons.

Les soins apportés pour les maladies des autres parties du corps (gynécologie, dermatologie, gastroentérologie et escarres notamment) ont été fortement abandonnés, et concernent à 70 % les femmes.

Conclusion de l’analyse de ce tableau.

Toutes les ruptures de soins courants et de soins spécialisés sont source de complications pour les personnes vivant avec un handicap et ont pour conséquence de bloquer le système de soin. Il est capital d’installer pour les personnes vivant avec un handicap une continuité des soins permettant ainsi de poursuivre l’éducation à la santé des personnes vivant avec un handicap sans oublier les accompagnants.

Nous constatons que les ruptures de soin pendant pratiquement trois mois, ont provoqué une demande de soins ces dernières semaines à des niveaux supérieurs, notamment en direction des urgences (36,1 % d’hospitalisation après un passage aux urgences).

La fréquentation des services hospitaliers (41 % en 2019) a considérablement baissé pendant le confinement et le déconfinement (25 %) et remonte aujourd’hui à un taux de 35 %.

Les lieux des soins ayant été effectués.

Les soins effectués en ville, chez le généraliste.

Pour les activités en cabinet, à domicile et dans les établissements médico-sociaux, on s’aperçoit que les généralistes ont dû répondre à des demandes de soins courants mais aussi à des soins psychologiques et psychiatriques.

Les soins effectués en ville, chez le spécialiste.

L’activité des spécialistes s’est portée essentiellement sur les soins des yeux et des dents. Concernant les soins de rééducation la réponse a été beaucoup plus mesurée.

Les soins effectués à l’hôpital.

L’hôpital a été particulièrement sollicité pour des soins urgents, pour des soins pour des nouvelles maladies et pour des soins liés à des accidents.

Les sources d’hospitalisation proviennent essentiellement de soin pour des maladies liées au handicap, pour des soins psychologiques et psychiatriques et pour des soins apportés pour une maladie des autres parties du corps.

Les services hospitaliers ont eu à traiter des cas sévères de soins spécialisés et des soins courants.

On notera que les services hospitaliers en médecine physique de rééducation ont accueilli les personnes vivant avec un handicap.

L’HAD doit se positionner dans le parcours de soin des personnes vivant avec un handicap pour amener une continuité des soins dans un contexte approprié et pour éviter les hospitalisations amenant très souvent à un sur-handicap.

Les soins effectués dans les établissements sociaux et médico-sociaux.

Le taux d’accès aux soins est remarquable dans l’ensemble des établissements. Il serait souhaitable que les établissements médico-sociaux renforcent leur action dans le monde ordinaire (à domicile) afin d’apporter des soins de proximité aux personnes vivant avec un handicap.

Les soins effectués en maisons de santé de proximité.

Nous devons faire un effort particulier dans les soins courants et spécialisés de proximité qui représentent 85 % des besoins des personnes vivant avec un handicap.

Conclusion de l’analyse de ce tableau.

Au travers de notre baromètre :

  1. Selon les lieux de soins.

Nous constatons un effort de la part de l’ensemble des acteurs de soin pour tenter de donner une continuité d’accès aux soins pour les personnes vivant avec un handicap.

La baisse de la fréquentation des hôpitaux directement liée à leur activité pour combattre le Coronavirus a laissé un grand nombre de personne sans accès aux soins.

Cependant, un certain nombre d’acteurs, essentiellement des généralistes, ont dû augmenter leur activité pour les personnes vivant avec un handicap afin de répondre à leur demande et de limiter au maximum les abandons de soin.

Leur charge de travail a été soulagée par le développement considérable des soins à distance (télémédecine).

On constate que la fréquentation hospitalière est en augmentation sans atteindre à ce jour le niveau de 2019, ce qui n’est pas souhaitable.

En effet, la demande croissante des soins courants et spécialisés est de plus en plus importante aussi bien en établissement que dans le monde ordinaire.

Pour cela, nous devons mobiliser au plus vite certaines catégories de lieux de soin comme l’HAD et les maisons de soin de proximité.

Concernant l’HAD, l’activité auprès des personnes vivant avec un handicap reste très basse. Il est à noter une satisfaction des personnes vivant avec un handicap quant à cette modalité de prise en charge.

Pour augmenter les soins en HAD, Il nous faut mobiliser les prescripteurs pour trouver une meilleure continuité des soins pour les personnes vivant avec un handicap.

Enfin, les maisons de santé de proximité sont loin d’avoir retrouvé leur activité d’avant le confinement. Nous devons retrouver une meilleure disponibilité des maisons de sante de proximité surtout pour les soins courants et les soins spécialisés.

  1. Selon les lieux de vie.

Un effort considérable a été fait par les établissements sociaux et médico-sociaux pour apporter à leurs résidents la meilleure continuité dans leur accès aux soins.

On notera que 92 % des soins demandés ont été effectifs grâce à la conjugaison des soins à distance, des services hospitaliers et des spécialistes en ville qui ont pu collaborer sans se déplacer dans les établissements.

Dans le monde ordinaire, avec et sans accompagnement médico-social, la situation reste très difficile. Cette situation est due à un manque de moyen de communication permettant la médecine à distance et d’autre part par la difficulté très importante de trouver un soignant pour les soins courants et spécialisés.

Cela pose un véritable problème pour les personnes vivant avec un handicap dans le milieu ordinaire, qui n’ont accès ni aux soins liés à leur handicap, ni aux soins psychologiques et psychiatriques, ni aux soins de rééducation.

  1. Selon l’âge.

Les personnes de 18 ans et moins vivant avec un handicap ont eu moins de ruptures de soin pendant la crise du Coronavirus. En revanche, les personnes majeures restent demandeuses d’un accès aux soins de proximité pour éviter de se rendre dans les services d’urgences. Cette situation est particulièrement sensible pour les personnes entre 46 et 80 ans.

  1. Selon le type de handicap.

Si la situation de l’accès aux soins reste difficile pour l’ensemble des handicaps moteurs et sensoriels, surtout pour des soins spécialisés et courants, nous voyons apparaitre dans les résultats de ces dernières semaines un meilleur accès aux soins.

La situation des personnes vivant avec un handicap mental, psychique, intellectuel et autistique reste particulièrement difficile et font l’objet d’abandons de façon de plus en plus importante et préjudiciable. Les personnes atteintes de plusieurs handicaps en même temps subissent le même sort.

Les personnes vivant avec un polyhandicap et atteintes d’une maladie invalidante ont trop souvent abandonné, faute de soignants disponibles. Pour ces deux catégories de type de handicap, une amélioration se fait sentir au cours des deux dernières semaines.

Conclusion générale.

Depuis le début du déconfinement nous voyons apparaître quotidiennement une croissance du besoin de soins courants et spécialisés.

Tous les lieux de soin auront à faire face à de nombreuses situations complexes directement liées aux ruptures de soins courants.

Nous pensons que la continuité des soins de proximité pratiqués par l’ensemble des acteurs du bassin de vie devrait permettre grâce aux nombreuses découvertes faites pendant la crise sanitaire de faire évoluer les parcours de soin par une prévention, une rééducation et un accompagnement qui éviteront demain les hospitalisations trop fréquentes.

 

Pascal Jacob
Président de Handidactique