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Vivre accompagné par le médico-social.

Posté le jeudi 28 mai 2020
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Préambule.

Par définition, l’accès aux soins des personnes vivant avec un handicap s’effectue différemment selon les lieux de vie de la personne, en établissement médico-social ou à domicile avec un accompagnement médico-social ; depuis la mi-février les répondants au questionnaire ont pu exprimer leurs perceptions sur cette question. Leurs réponses ont permis de rassembler des données présentées ci-après qui doivent permettre de commencer à approfondir une série de questions :

  • Y a-t-il des différences dans l’accès aux soins selon qu’on soit pris en charge en institution ou à domicile avec un accompagnement médico-social, et y a-t-il notamment des différences dans les conditions respectives d’accès aux soins, en ville (en médecine générale et médecine spécialisée) et à l’hôpital (dans les services d’urgence et les autres services de spécialité), ou à certains types de soins ?
  • Dans chacune de ses deux situations (à résidence ou en établissement), comment expliquer ces conditions, et notamment la place et le rôle du médecin référent, quand il existe ?
  • Comment ont évolué ces conditions d’accès aux soins dans la crise du Covid-19, à travers notamment le développement très rapide de la télémédecine ; peut-on en mesurer l’impact ?

En synthèse, les éléments présentés de manière détaillée ci-après confirment que l’accès aux soins est nettement meilleur lorsque la personne est prise en charge en établissement. Ils laissent supposer que l’écart a eu tendance à augmenter durant la crise, du fait de la meilleure capacité à mettre en place des solutions de télémédecine ; a contrario, les résultats pour l’accès des personnes prises en charge à domicile montrent que la situation n’est pas satisfaisante sur des points essentiels ; à partir de ces éléments doivent être réfléchies et mises en œuvre des actions de progrès.

Questionnaire global.

Période d’étude : du 17 mars au 26 mai, pour 4 003 réponses au questionnaire.

Situation de soin pour chaque lieu de vie.


L’accès aux soins pour les personnes vivant avec un handicap est variable selon le lieu de vie.
Nous constatons que les personnes vivant en établissement médico-social ont un bon accès puisque 88,4 % des répondants ont effectué leurs soins. Aujourd’hui les personnes vivant avec un handicap en établissement représentent 9 % des répondants.
Les réponses aux questionnaires des personnes vivant avec un handicap accompagnées par le médico-social en milieu ordinaire nous démontrent leur très grand besoin d’accompagnement et fait ressortir une véritable fragilité dans leur accès aux soins, car un peu moins de 50 % des personnes ont réussi à effectuer leurs soins depuis le début du confinement.
La proximité de la famille a été bénéfique pour les personnes vivant avec un handicap malgré les difficultés du confinement puisque le nombre de personnes soignées atteint les 51,2 %.
En revanche, nous devons particulièrement penser aux personnes vivant avec un handicap vivant en milieu ordinaire seuls, qui ont des difficultés pour accéder aux soins (39,9 % d’accès aux soins).

Lieu de refus de soin pour chaque lieu de vie.


Pour la population générale, le niveau de refus de soin reste très élevé (21 %) et au-delà des résultats d’avant confinement.
Nous n’avons pas analysé les pourcentages des refus de soin des personnes vivant en établissements médico-sociaux car le nombre de répondant était trop faible, ce qui prouve que les établissements médico-sociaux ont été particulièrement performants.
Nous constatons un nombre de refus très important pour les personnes souvent lourdement handicapées vivant en milieu ordinaire avec un accompagnement médico-social, surtout auprès des services hospitaliers (33,9 %).

Types de soins abandonnés pour chaque lieu de vie.


Le niveau d’abandon de soins de l’ensemble des répondants revient à son niveau d’avant le confinement.
On notera que les soins liés à l’handicap, les soins psychologiques et psychiatriques et la rééducation sont fortement abandonnés, faute d’accès aux soignants disponibles.
Le taux d’abandon des personnes vivant en établissements médico-sociaux ne peut être pris en compte pour cause de nombre de répondants trop faible, ce qui est plutôt une bonne chose.
Les personnes vivant avec un handicap vivant en milieu ordinaire avec un accompagnement médico-social ont énormément abandonné leurs soins liés à l’handicap et à la rééducation faute de soignants disponibles, sont restées trop souvent livrées à elles-mêmes, et compte tenu de l’indisponibilité des services hospitaliers n’ont pas trouvé, d’une part, de guide comme pourraît l’être le médecin traitant, et d’autre part, d’aide à leur introduction à un nouveau soignant par les services médico-sociaux.
Il nous apparaît essentiel de trouver avec le médecin traitant et le médico-social un accompagnement pratique qui évite les ruptures de soins.

Lieu de soin pour chaque lieu de vie.


Comme indiqué dans les dernières notes réalisées, les soins effectués par les généralistes en ville, à domicile, en établissement médico-sociaux et en maison de santé de proximité restent très élevés et totalisent presque 50 %.
Un effort tout particulier a été fait par les généralistes dans les établissements médico-sociaux. Les généralistes se sont déplacés massivement vers le domicile des personnes vivant en milieu ordinaire.
On notera cependant que les déplacements aux urgences des personnes vivant en milieu ordinaire augmentent de manière significative surtout chez les personnes accompagnées par le médico-social (33,2 %). C’est un retour aux anciens réflexes de soins d’avant confinement.

Méthode de soin pour chaque lieu de vie.


Si les trois quarts des personnes vivant avec un handicap ont recours à des soins en présence d’un soignant, on constate que le soin à distance a considérablement augmenté (× 20).
En établissement médico-social, la médecine à distance représente deux tiers des soins. Cette modalité reste faible pour les personnes vivant en milieu ordinaire qui ne disposent pas souvent des équipements nécessaires et de l’accompagnement qui imposent ce type de soin.

Besoin d’accompagnement pour chaque lieu de vie.


En effet, le besoin d’accompagnement est devenu de plus en plus important dans les lieux de vie et particulièrement en établissement médico-social.

Possession d’un médecin référent.


Les personnes vivant avec un handicap restent trop souvent sans médecin référent, ce qui diminue considérablement leur accès aux soins.

Questionnaire lié au déconfinement.

Période d’étude : du 11 mai au 26 mai, pour 620 réponses au questionnaire.

Tests Covid-19 effectués pour chaque lieu de vie.


Les personnes vivant avec un handicap nous ont déclaré à 15 % avoir fait l’objet d’un test au Covid-19. Ce chiffre est doublé pour les personnes vivant en établissement médico-social.

Continuité des soins pour chaque lieu de vie.


En dehors des établissements médico-sociaux qui ont réussi à répondre à la totalité des besoins de soins de leurs résidents à 55 % notamment grâce à la télémédecine, on s’aperçoit que des personnes vivant en milieu ordinaire, même accompagnées par le médico-social, sont restées très démunies face à l’accès aux soins.

Lieu de confinement (si c’est le cas) pour chaque lieu de vie.


On notera par rapport à la population générale que le déconfinement se fait progressivement pour les personnes fragiles, mais progresse plus vite dans le milieu ordinaire.
On constate aussi que les personnes qui n’ont pas été soignées pendant le confinement ont été obligées de faire appel aux services d’urgences des hôpitaux et se retrouvent souvent confinées et isolées dans le cadre de leur hospitalisation.

Conclusion.

Si les chocs causés par la crise sanitaire du Covid-19 ont rendu la vie très difficile pour l’ensemble des professionnels et des personnes vivant avec un handicap, les efforts fait par les établissements médico-sociaux ont permis d’atténuer une baisse de l’accès aux soins, ce qui n’est pas le cas pour les personnes vivant en milieu ordinaire et particulièrement pour les personnes accompagnées par le médico-social à domicile.
Il serait bon d’imaginer que l’action performante des établissements médico-sociaux dans l’accès aux soins puisse servir de guide pour les personnes vivant en milieu ordinaire.
Si l’on dotait les personnes les plus lourdement handicapées d’équipements et d’un accompagnement, elles pourraient avoir accès plus facilement à la médecine à distance.

Pascal Jacob
Président de Handidactique